Extraits des pensées de Sully Prudhomme

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  • Les cœurs très vulnérables vivent de deux ou trois souvenirs qui rendent tous les autres insignifiants.

  • La prudence dans la charité ressemble à la réserve dans l’amour ; c’en est la négation.

  • Confier un sentiment à un homme froid, c'est jeter la fleur sur le pavé ; la confier à un homme léger, c'est la jeter dans le vide… La dignité, la grandeur, sont dans le sentiment du beau appliqué aux actes de la vie.

  • L’amour contient un infini désir de rendre l’être aimé heureux. C'est là toute sa dignité, la seule peut-être.

  • Tout est cri et exclamation dans l’âme, le sentiment est un cri intime prolongé, et c'est ce qui le différencie de la sensation, qui est toute passion… Le comble de la misère de l’homme, c'est la crainte de ce qui pourrait le délivrer de sa misère, la crainte de la mort.

  •   La paresse est plus forte que l’amitié. Elle n'est vaincue que par l’amour.

  • Une mère est douce au cœur comme un oreiller au front ; on ne sent pas l’oreiller, il soutient en cédant, il est tout baiser…

  • L’ennui décolore tout ce qu’il touche.

  • On doit respecter le doute, car il n'est pas l’erreur.

  • Qu’est-ce que le Bien ? C'est la qualité des actes qui nous font aimer de nous-mêmes. Cette vraie qualité, analysée, se résout dans le sacrifice, dans le concours au bonheur d’autrui de préférence au sien propre ; c'est d’améliorer la vie universelle autant qu’on le peut. Et alors le bien subjectif résulte du bien objectif, ils deviennent parfaitement corrélatifs.

  • La vie de l’irrésolu est à tous, tout le monde vit pour lui, à sa place. Il est mollement malheureux, mollement heureux, annulé.

  • La volupté est une façon de se perdre qui fait aimer l’abîme et regarder les hauteurs avec admiration et pitié. La vertu propose toutes les douleurs au courage et couronne la vie du pur sentiment de la dignité.

  • La vertu domestique consiste à huiler les engrenages de la vie commune par la bienveillance et le sacrifice. Pourquoi réserve-t-on pour les siens la dureté et la négligence quand on est si poli, si vil avec des inconnus ? Aimons-nous les uns les autres et la face de la terre est changée.

  • On peut tout exprimer par le sourire… Le sourire peut rendre toutes les affections de l’âme. Le visage est vraiment un clavier merveilleux.

  • L’esprit d’observation ne consisterait-il pas à remarquer ce que les autres n’ont fait que voir… à soulever, juste au point saillant, le voile que l’habitude pose également sur toutes choses ? Pour un observateur, il n’y a point d’actions indifférentes.

  • On se résigne à une perte, mais on ne se résigne pas à l’abandon d’une chance. L’attente est le plus cruel mélange d’espoir et de désespoir qui puisse tourmenter l’âme. C'est un sentiment d’impuissance et un mouvement de désir qui enfièvrent.

  • Sois homme, c'est-à-dire subordonne toujours la partie animale, inférieure de ton être à la partie supérieure et spirituelle qui te fait homme. Cette partie inférieure n'est que le moyen, la partie supérieure est la fin, et il est logique, raisonnable, de ne point sacrifier la fin au moyen, car c'est renoncer à la joie pour s’en tenir au plaisir.

  • La coquette autorise l’audace et tout à coup s’en étonne avec une audace plus grande encore. L’art de la coquette consiste à ne rien permettre en laissant croire tout possible. Le chef-d’œuvre de la coquetterie c'est de produire un grand effet de simplicité.

  • La morale est l’art des actions, c'est une esthétique dont la matière est la vie pratique. Elle consiste à donner de belles formes à sa vie. On n’enseigne utilement la morale aux jeunes gens que par cette voie. Ne leur dites pas : « Faites bien », c'est de la servitude. Mais dites-leur : « Faites beau », c'est de l’art, c'est de la liberté. Ne vous adressez qu’au génie créateur qui les dévore.

  • L’identité du beau et du bien est instinctivement consacrée dans le mot « honneur ». L’honneur, c'est le beau dans l’usage de la volonté, mais spécialement dans nos relations avec autrui. Vis-à-vis de nous-mêmes, le bien, c'est la tempérance, et comme la tempérance tend à l’équilibre et à l’harmonie, elle est encore de la beauté. Ainsi je ne trouve de tous côtés que de l’esthétique en envisageant la morale.

  • S’amuser, mot profond. Toute la misère de l’homme y est. Dans un monde heureux, l’idée du plaisir ne naîtrait jamais.

  • L’aisance est signe de supériorité. L’élégance est aisée, elle est le geste d’une âme d’élite. La recherche peut encore être élégance, mais où commence l’affectation, l’élégance finit.

  • La conception de l’idéal dans l’art ou dans la science nous fait sentir combien nous en sommes éloignés et nous écrase. Voilà pourquoi un fat est toujours un sot.

  • Il n’y a pas de degrés pour moi dans l’admiration, l’admiration est un état quasi surnaturel de l’âme, un transport, un ravissement suprême, au-delà duquel je ne conçois plus d’autres joies. L’admiration, c'est l’enthousiasme esthétique, le plus grand de tous.

  • Le génie même est moins écrasant pour la médiocrité que la beauté pour la laideur. Pauvres laides.

  • J’ai remarqué que les gens doués de mémoire ont peu de sensibilité. Cela s’explique, les cœurs très vulnérables vivent de deux ou trois souvenirs qui rendent tous les autres insignifiants. Ils soignent ou irritent leurs blessures et le reste du monde ne les intéresse pas.

  • Il faut être homme, s’en rendre compte et le maintenir.

  • Avoir du cœur ce n'est pas seulement aimer, faculté commune aux bêtes, c'est apporter dans l’amour la délicatesse de son esprit ou la grandeur de la pensée. Le cœur est propre à l’homme car c'est l’intelligence dans l’affection.

  • La bassesse de quelques hommes de génie m’a appris que le cœur est le siège unique de la dignité.

  • Si l’on songeait que la masse se compose d’individus, on ferait moins de cas du sens commun.

  • Il faut chasser le soupçon pour cela seul qu’il ne peut être bienveillant.

  • On distinguera facilement l’orgueil de la grandeur d’âme : le premier ne cherche l’élévation que pour surpasser, la seconde cherche l’élévation pour elle-même.

  • Il faut avoir la fierté de ce que l’on vaut et l’estime de la valeur des autres.

  • Il n'est donné qu’aux esprits supérieurs d’admirer.

© 2017 - ABC d'Ondine

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